Salaires 2020, l’emploi bousculera-t-il les prévisions?

30 septembre 2019
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30 septembre 2019 Carolle Larose

Le manque de main-d’œuvre a frappé fort au Québec durant la saison estivale. Chaînes de restauration qui restreignent leurs heures d’ouverture, fermetures temporaires ou définitives d’entreprises, tout cela dans un marché du travail où le taux de chômage atteint 4,7 %, le taux le plus faible observé depuis 1976 au Québec. Les signaux d’alarme clignotent au rouge sur le marché de l’emploi.       

Dans cet environnement turbulent, le Conseil du patronat du Québec rendait publiques cette semaine les prévisions salariales 2020, issues des enquêtes réalisées par les firmes spécialisées en rémunération auprès des employeurs québécois. Des projections qui tournent autour de 2,8 %, avec des petites variations régionales ou sectorielles.[i]      

Les employeurs répondants ont certainement tenu compte de leur capacité de payer, mais ont-ils sous-évalué l’impact de la rareté de main-d’œuvre sur leur force d’attraction et de rétention de main-d’œuvre ? Déjà en 2018, les augmentations salariales ont excédé de 0,2% les prévisions effectuées. En juillet 2019, l’Enquête sur la rémunération et les heures de travail de Statistique Canada faisait déjà état de hausses salariales de 2,7% par rapport à juillet 2018.[ii]

Historiquement, les entreprises tendent à résister aux demandes salariales d’employés qui menacent de quitter, souhaitant éviter une surenchère et les impacts majeurs sur la masse salariale que représente alors le maintien de l’équité salariale à l’interne. Une logique qui tenait dans un marché de l’emploi en surplus ou en équilibre de main-d’œuvre. Nous sommes maintenant ailleurs.

Tout indique que les besoins de main-d’œuvre s’intensifieront en 2020. Durant la dernière semaine, Louis Garneau annonçait qu’il ferme son usine de production de textile de Saint-Augustin-de-Desmaures. La petite unité de 29 couturières n’était plus viable. Principale raison évoquée : une main-d’œuvre âgée de 60 ans et plus, impossible à remplacer.[iii]

Il est désolant mais probable que d’autres entreprises doivent, faute de main-d’œuvre, se résoudre à fermer boutique.  Les autres devront relever de nombreux défis et faire preuve d’une grande proactivité. Revoir leurs pratiques d’embauche et diversifier leurs bassins de recrutement, innover dans les processus de travail pour accroître leur productivité, offrir un milieu de travail stimulant et davantage de flexibilité à leurs employés. Et cela inclura aussi une révision des politiques de rémunération à l’intérieur de paramètres probablement supérieurs aux prévisions anticipées. 

En mai dernier, le président fondateur de Varitron, fabricant de produits électroniques à Saint-Hubert, affirmait que son entreprise a dû consentir une hausse annuelle de 20 000 $ pour des postes clés d’ingénieur, une augmentation de l’ordre de 25 %.[iv]  Ces situations se multiplient et les chercheurs d’emplois prennent de plus en plus conscience de leur valeur accrue sur le marché de l’emploi. 

Pour les plus petites entreprises où les marges de profit sont très serrées, de telles hausses salariales sont inimaginables… alors que la pression sur les salaires sera fortement stimulée par la demande de main-d’œuvre.

Un sentiment d’urgence s’installe. Les planètes s’alignent pour l’initiation de grands chantiers dans les entreprises afin de revoir l’ensemble des pratiques de gestion, les conditions de travail des employés et les politiques de rémunération.                


[i] Conseil du patronat du Québec, Prévisions salariales 2020 du CPQ : les employeurs prévoient accorder une augmentation salariale moyenne de 2,8%,  24 septembre 2019.

[ii] Statistique Canada, Emploi, rémunération et heures de travail, juillet 2019, 26 septembre 2019.

[iii] La Presse+, Dubé I.,  Louis Garneau ferme son usine de Saint-Augustin-de-Desmaures, 28 septembre 2019.

[iv] Le Journal de Montréal, Halin F., La pénurie de main-d’œuvre fait exploser les salaires, 15 mai 2019.